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Halte à l’abrutissement des jeunes !

par Justin AMOUSSOU 14 Octobre 2013, 18:12 Bénin Jeunesse Quartier latin

« Le Bénin, quartier latin de l’Afrique. » Quel Béninois n’a jamais entendu parler de cette formule ? Certains citoyens, qui ne sont pas avares de fanfaronnades, et peut-être par pur chauvinisme, la citent à foison. Cet aphorisme a même inspiré un calembour au politique : « Le Bénin, quartier numérique de l’Afrique » d’ici à 2025. Oublions le fond de ce projet-là. Des Béninois, du moins mes contemporains, savent peu de choses sur celui qui a lâché, pour la toute première fois, « Le Bénin, quartier latin de l’Afrique. » Le ridicule, c’est quand des aînés, en arrivent à abêtir davantage les "petits".

Il y a quelques semaines, à la sortie d’une audience, une sommité a pris le risque de citer in extenso l’auteur de ce bout de phrase. Ainsi, croyait-elle restituer le vrai contexte? Bien avant cette personnalité, d’autres ont, à plusieurs reprises, proclamé leur ignorance encyclopédique de l’histoire nationale. Les jeunes, malgré eux, écoutent, sans contredire ces nouveaux historiens, non pas qu’ils les croient mais parce que ce faisant, ils leur permettent d’assouvir leur quête psychologique. Franchement, pour mes contemporains et pour la postérité, cette citation est, bel et bien, du philosophe français Emmanuel MOUNIER.

L’auteur s’est intéressé, très tôt, à la question de la colonisation en Afrique. Il a le mérite d’avoir penché sur la situation de l'Afrique noire en regardant à la fois au-delà de la perspective coloniale et des disputes de politique immédiate. « Supposez un père qui aurait manqué l'éducation de ses enfants, mais à qui une sorte de dernière chance donnerait un fils tard venu, et la possibilité de ne pas recommencer sur lui les erreurs qu'avec les autres il ne peut plus rattraper. Telle est pour nous l'Afrique noire », écrivait-il en avant-propos de son livre « L’Eveil de l’Afrique Noire ».

Qu’aucun jeune ne s’y méprenne. Le philosophe a, en lettres de feu, écrit: « Cotonou, entre la mer et les cocotiers, est le Quartier Latin de l'intelligence dahoméenne. C'est de là, sans doute, que partira le plus vif éclair de l'esprit dans l’Afrique de demain. Cette intelligence dahoméenne est étrangement proche du génie français: rationnelle, analytique, agile, dégagée des lourdeurs mystiques de l'âme noire.» Et il enchaîne : « … s'il y a un jour des menaces sur le Dahomey, elles ne viendront pas d'un excès d'imagination historique. Elles viendront de l'oubli.»

Un autre pan souvent mal cité est: « Si le Dahomey continue à produire les plus intelligents des Africains, son délaissement risque de produire un jour le plus grave des conflits. » Une précision pour confirmer que les paroles s’envolent, les écrits restent.

JE VOUS INVITE, AVEC MOI, A LIRE CET EXTRAIT. FAITES ATTENTION AUX DEUX PREMIERES PHRASES ET SURTOUT A LA DERNIERE PHRASE.

« Cotonou, entre la mer et les cocotiers, est le Quartier Latin de l'intelligence dahoméenne. C'est de là, sans doute, que partira le plus vif éclair de l'esprit dans l’Afrique de demain.

Cette intelligence dahoméenne est étrangement proche du génie français : rationnelle, analytique, agile, dégagée des lourdeurs mystiques de l'âme noire. Sans doute est-ce pourquoi elle a fait la jonction la première. À moins que ce ne soit, comme on le dit ici avec un reflet de malice, parce que le Dahomey est situé sur le méridien de Paris... Comme la nôtre, elle a son revers : un individualisme accusé, qui parfois laisse à redouter les pires divisions. D'homme à homme, de ville à ville, de pays à pays, ce petit pays heureux est prêt à se déchirer. Saurons-nous, sur les ruines des vieilles croyances qu'il a rejetées plus tôt que d'autres, lui apporter une nouvelle force de cohésion ?

Le royaume du Dahomey a été l'un des plus puissants royaumes africains, et des mieux organisés. Il faisait trembler le Nord et le Sud, - car ses princes n'étaient pas moins cruels qu'intelligents. Il n'y a pas si longtemps qu'une panique s'est prise des gens de la Côte à la nouvelle, stupide, que ceux d'Abomey descendaient pour la razzia ancestrale. Mais ce pouvoir est bien fini. S'il en était besoin, le mépris des gens de Cotonou et de Porto-Novo pour les «Barbares » d’Abomey neutraliserait toute velléité restauratrice. Non, s'il y a un jour des menaces sur le Dahomey, elles ne viendront pas d'un excès d'imagination historique. Elles viendront de l'oubli. Le Dahomey est la plus extrême de nos colonies de l'A.O.F. Il se cache derrière d'énormes colonies étrangères. Le sang qui circule depuis Dakar ne l'atteint qu'anémié par la distance. Les voyageurs y vont peu, les crédits lui sont mesurés. Les projets qui en partent se perdent entre la forêt et les sables - la forêt de la procédure, les sables de l'indifférence pour celui qui est loin et ne peut que crier. Si le Dahomey continue à produire les plus intelligents des Africains, son délaissement risque de produire un jour le plus grave des conflits. »

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